Les origines du Burlesque 1/2


"Mesdames et Messieurs, bienvenue au cabaret « Néo Burlesque », c'est un honneur pour nous de vous faire découvrir cet univers fascinant, poétique et subversif.

Je vois déjà vos yeux s’écarquiller....

se remplir de paillettes....

votre rythme cardiaque s’accélérer et...... je lis ces questions sur le bord de vos lèvres :

“c’est quoi le néo-burlesque? Et l’effeuillage ? C’est différent ? C’est du strip-tease ?”

Pas d’inquiétude !

Avant de pouvoir enfin vous abreuver de sensualité, de rire et de strass lors du festival, je vais vous conter rapidement la petite histoire du burlesque, par ses origines d’abord, et sa renaissance ensuite…

Il faut, pour bien comprendre, savoir que les origines du burlesque sont un peu floues. Rien que par l’origine du mot. Certains vous diront qu’il vient du latin burla , la farce, quand d’autres iront chercher chez les grecs et les burlettas d’Aristophane où le déshabillage chorégraphié et érotique s'acoquine avec le théâtre satirique. Lorsqu'on parle de burlesque aujourd'hui en France, on pense au théâtre alors que son acception américaine fait plutôt référence à des spectacles de divertissements incluant des numéros

de chorus line, des sketchs humoristiques, des fresques vivantes et du strip-tease. La notion de burlesque est empruntée au terme français désignant le cabaret et le music-hall , cet emprunt a pu se faire par le détour de la Grande-Bretagne qui introduisit le mot au XIXe siècle pour désigner une pantomime fort comique jouée par des clowns extravagants, genre dont se saisit par la suite le cinéma américain.

C'est en 1868 que Lydia Thompson and The British Blondes traversent l'Atlantique, ces anglaises donnent alors des représentations à New York d'une adaptation frivole du mythe d'Ixion pour la middle-class américaine. Le show est accompagné d'exhibitions de monstres de foire, dits freaks , et remporte un vif succès.

Lydia Thompson and The British Blondes

Il faudra néanmoins attendre le début du XXe siècle pour voir les premiers spectacles burlesques. Le burlesque a deux origines importantes : le cabaret et le cirque.

Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer au départ, le strip-tease n'était pas la vedette de ces spectacles, en effet dans les cabarets, les stars étaient les humoristes et le public, un public familial. Les performeuses n'étaient absolument pas nues, elles portaient généralement des combinaisons ou des justaucorps en résille de couleur chair. Ce n'est qu'après le krach boursier de 1929 que les choses changent, il faut attirer la clientèle et notamment les hommes. Les cirques imposent alors à leurs acrobates et autres trapézistes de se dénuder dans les Side Shows , entre la présentation de l'homme le plus grand du monde et un avaleur de sabre. On voit apparaître des spectacles uniquement burlesques où les performeuses sont priées de flasher , c'est-à-dire de montrer très rapidement leur anatomie. Il va de soi que c'était illégal, c'est pourquoi des règles strictes furent mises en place en réaction à ces spectacles : les danseuses ne devaient ni montrer leurs tétons et aréoles, ni leur pubis, ni la raie de leurs fesses.

Ce qui créa les nippies ou pasties , - qui sont des cache-tétons ornés le plus souvent de sequins, strass, et pompons - le g-string et la bande de paillettes ou les fronces sur les culottes transparentes des performeuses. Le Canada tenta même d'imposer une loi indiquant que toute performeuse ne devait repartir de scène avec moins de vêtements qu'à son arrivée.

Lyly St Cyr, légendaire actrice et danseuse burlesque américaine des années 1940, inventa donc le reverse strip : elle arrivait nue dans une baignoire et se rhabillait.

Lyly St Cyr "Extrait du bain de Salomé" vers 1940

Ce qu'il faut comprendre c'est que même si les théâtres et les spectacles étaient dirigés par des hommes, ces femmes étaient leur propre maître. Elles étaient indépendantes financièrement et artistiquement, ce qui pour l'époque était incroyable. Elles créaient leurs numéros, leurs costumes, leur nom...

Zorita et son serpent par Hurray Korman

Des noms que l'on connaissait dans tout le pays : Zorita et son serpent, Gyspy Rose Lee et ses tirades satiriques, Tempest Storm et sa chevelure de feu... Car oui, à l'époque faire un strip-tease au sein d'un cirque ou d'un cabaret était un peu plus créatif que la lap dance, simple danse de contact exécutée dans les clubs . Chaque performeuse mettait ses talents en avant : le théâtre, les acrobaties, la danse avec notamment le bump and grind et ses mouvements très suggestifs...

Gypsy Rose Lee par Hurray Korman

Ces shows faisaient rêver les femmes, rougir les hommes.

Seulement 1968 est arrivé, la révolution sexuelle avec, la télévision, le consumérisme, et ces spectacles sont tombés dans l'oubli…

La suite très prochainement, où je vous expliquerai le pourquoi du comment de la renaissance de cet art sulfureux !

Léo Poldine

Tu en veux encore ? Jette donc un oeil à ces ouvrages :

- Pretty Things, The Last Generation of American Burlesque Queens , Liz Goldwyn, Harper Collins Publishers, 2006

- Behind the BurlyQ , Leslie Zemeckis, Skyhorse Publishing, 2013

- Strip Tease, Histoire et légendes , Rémy Fuentes, éd. La Musardine, 2006

- Exotic World and the Burlesque Revival , Red Tremmel, 90 min., 2010

#strasbourgburlesquefestival #effeuillageburlesque #léopoldine

Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square